carnet de croquis

L’art subtil de l’échec

Échouer.

Ce mot détient une aura plus que négative, on ne va pas se mentir. Personne ne veut échouer et si cela se produit malgré les efforts, arriver à l’accepter peut s’avérer difficile. Mais échouer, c’est la vie qui nous donne une chance de rebondir, d’évoluer, de nous adapter.

Je sais que certains d’entre-vous me répondraient volontiers que c’est un discours que tiennent les personnes qui n’ont jamais rien réussit du premier coup, et qui cherchent pas là une justification pour se sentir moins nuls. Ne niez pas, c’est une phrase qui revient souvent. A ceux-là je répondrais qu’ils voient tout en binaire et que le blanc et le noir, si on prend la peine et le temps de les mélanger, peuvent donner naissance à de superbes gris. Ne pas réussir du premier coup n’est en rien un échec, cela le devient si on ne retente pas à nouveau. Quoique… sur cette dernière phrase, je ne suis même pas sûre d’être en accord avec moi-même. Car l’on peut réellement échouer à quelque chose mais être satisfait du chemin parcouru et des enseignements qu’il a semé çà et là, non ?

Oui, pour moi, l’échec reste une des meilleures manière d’apprendre, de se perfectionner et d’avancer. Cela vous semble peut-être paradoxal ? Ça ne l’est pas tant que ça.

Dans l’article consacré au carnet de croquis, je vous ai parlé de l’indulgence que l’on devait avoir avec soi-même quand on estime que son travail n’est pas à la hauteur. Mais pour que cela soit formateur, il faut revenir sur son travail et s’en détacher.

  • Qu’est-ce qui fait que vous l’estimez raté ?
  • Auriez-vous pu mieux traiter le sujet ? Ou différemment ?
  • Mieux le mettre en lumière ?
  • Utiliser une technique différente ?
  • Utiliser la couleur plutôt que le noir et blanc ou inversement ?
  • Utiliser plus ou moins de pigment dans votre aquarelle ?

Toutes ces questions semblent simples, mais les réponses que vous en tirerez vous permettront d’avoir un autre point de vue sur votre dessin. Essayez de voir votre travail objectivement. Le plus simple pour cela est de le considérer comme s’il appartenait à une autre personne venue vous demander votre avis, des conseils. Ainsi, ce que vous considérez comme un échec deviendra une belle opportunité de voir où se trouvent vos faiblesses, par rapport à l’objectif que vous vous êtes fixé.

Quand vous les aurez identifiées, viendra le moment de voir comment rebondir, comment améliorer ce qui vous pose problème. Je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde, mais je sais que c’est le mien : je passe au moins un tiers de mon temps à échouer à faire ce que je désirais. Et donc à recommencer : soit le même dessin, soit un différent mais en appliquant les leçons que je viens d’apprendre grâce à l’échec précédent.

Je ne dis pas que ce que vous considérez (ou que les autres considèrent) comme un échec ne vous démoralisera jamais, et que c’est un exercice facile que d’essayer de produire une critique constructive sur son propre travail. Cela s’apprend, comme le reste ! Mais il faut être persévérant, accepter de se remettre en question. Et bientôt, peu de dessins que vous estimez ratés, ou peu agréables à regarder seront à vos yeux des échecs. Ils seront au contraire une terre de promesse jonchée de possibilités d’amélioration, que ce soit dans la gestion d’un médium, l’apprentissage d’une technique ou encore la composition de votre image.

Un petit exemple concret ? Ce que j’avais en tête pour cette grenouille se rapproche plus de la dernière version. la deuxième est donc un échec si l’on parle de l’esthétique que je voulais donner à l’illustration. Mais cela ne veut pas dire que la première version finale est pour autant à jeter. Elle m’a permit de voir ce que je ne voulais pas, ce que je devais faire autrement.

Pour que ce processus soit possible, il est à mon sens quelque chose de fondamental à prendre en compte, surtout dans le cas où l’on est seul face à son dessin: Pourquoi considérez-vous que c’est un échec ?

  • Car vous n’avez pas réussi à faire exactement ce que vous aviez en tête ?
  • Vous avez réussi mais esthétiquement il ne vous plaît pas ?
  • Vous êtes-vous donné un objectif réellement atteignable ? Si non, quelles sont les étapes indispensables, ce que vous devez acquérir en compétences pour tendre vers lui avec plus de sérénité ?

Le sentiment d’échec peut-être en parti induit par votre intuition. Celle qui vous dira aussi que telle illustration est plus réussie qu’une autre. C’est un paramètre à ne pas négliger et il faut savoir quelle part elle prends dans ce sentiment.

Tout cela vous semble peut-être couler de source : que ce sont des platitudes et que cela ne vaut pas le coup de faire un article sur le sujet. Peut-être, après-tout. Pour autant, c’est réellement comme ça que je navigue sur les flots de la mer créativité et bien évidemment, sur les flots de la vie.

Et ce n’est pas un raisonnement si simple à mettre en place. Pourquoi ?

Je pense que l’on peut trouver tout un tas de raisons. Nous pouvons ici en aborder quelques unes :

  • Persévérer demande un effort conscient, c’est plus difficile à mettre en place que de rester sans rien faire une fois que l’on estime avoir échoué.
  • Cela demande de se remettre en question et ça non plus, ce n’est pas simple !
  • Après 3 essais infructueux, nous avons tendances à considérer que c’est la norme. (Cette règle marche aussi dans l’autre sens. Après 3 réponses identiques à une situation, nous avons tendance à considérer que cela est la norme et que ça se déroulera toujours ainsi par la suite)
  • La positivité se travaille. Si, si, je vous assure ! Même lorsque l’on est naturellement de la team « verre à moitié plein », il faut parfois se le rappeler pour ne pas s’embourber dans l’échec et le transformer en quelque chose de positif.

Venez, et rejoignez-moi dans la team « verre à moitié plein », on y est bien 😉

Et vous l’échec, quelle réflexion provoque-t-il en vous ? Le transformez-vous ? Si oui, de quelle manière ?

Liberté de style

« Liberté, je parle de la liberté créative. Celle de se permettre de sortir de son propre style. Celle de tester de nouveaux médiums, et d’accepter de ne pas les maîtriser aussi bien que d’autres. Celle d’être soi et d’accepter que son apprentissage personnel n’est pas aussi fulgurant que celui de certains. »

Les mots précédents reflètent tout à fait mon état d’esprit du moment. On na va pas se mentir, que l’on soit artiste professionnel ou non, de nos proches à nos abonnés sur les réseaux, tous nous reconnaissent via notre style de dessin, notre « patte ».

Mais qu’est-ce que le style ?

Il est souvent un but à atteindre à un moment donné ou un autre, tout du moins pose-t-il question, et ce n’est pas pour rien que j’aborde aujourd’hui ce thème avec vous 😉

Le style est l’identité visuelle, ce qui fait qu’au premier coup d’œil nous pouvons reconnaître que untel est l’auteur de cette illustration.

Comme toute chose, il a plusieurs facettes. Bien qu’il soit naturellement perçu comme positif, le style peut aussi être un poids parfois.

Personne ne va me contredire, c’est agréable quand quelqu’un vous dit « J’étais sûr en le voyant passer sur mon fil d’actualité que c’était toi ! ». C’est agréable de maîtriser et s’approprier une ou plusieurs techniques de dessin qui nous rendent unique par le traitement que l’on en fait ; et surtout qui soit reconnue au premier coup d’œil. Surtout si cela vous aide à trouver votre public et par la suite à le fidéliser.

L’identité visuelle est nécessaire, mais parfois cela peut aussi être limitant. Est-ce que votre travail sera tout aussi apprécié si vous changez de médium ? S’il est moins ou plus réaliste ? S’il est plus ou moins détaillé qu’avant ? Ce genre de questions peut nous pousser à rester dans notre zone de confort et nous empêcher de tenter de nouvelles expériences.

Le style n’est pas pour moi une fin en soi. Je suis convaincue que ma « patte » se retrouve dans chacun de mes dessins, quelque soit le médium, quelque soit le sujet. Car nous avons chacun notre façon propre de percevoir notre environnement et donc de le représenter.

Et puis ce style, il vient en travaillant, en s’exerçant. Cela ne sert à rien de le chercher à tout prix.

Se donner une direction pour travailler, là est le plus important : un nouveau médium, un sujet inhabituel, remplir un carnet de croquis, faire une série d’illustrations sur un thème…

Car le style évolue par essence et il ne faut pas avoir peur de le laisser évoluer, même si les changements semblent drastiques, par peur que les autres, les gens, le public, notre communauté, ne nous suive plus, ne reconnaisse plus notre travail. Personnellement, je trouve très intéressant quand un artiste que je suis prend une nouvelle direction, un nouveau tournant.

Le style est comme une rivière. Parfois il est limpide, d’autre plus trouble, file droit ou sinue dans la lumière ou les recoins sombres. Il sort de son lit dans un grand débordement ou y chemine timidement.

Devenir artiste

Expérimenter, permet de découvrir ce dont on est capable, ouvre des possibilités. Quand on s’intéresse à l’œuvre d’un artiste connu, il est très courant de lire « ce tableau date de sa période bidule et représente un véritable tournant dans son œuvre ». Ce n’est pas un hasard 😉

Être artiste n’est ni plus ni moins que porter en étendard sa curiosité et son envie de créer, de découvrir et de partager. Ce n’est donc pas un métier, un statut particulier, ce serait plus comme une philosophie de vie. La bonne nouvelle, c’est que cela est accessible à tout le monde. 😉

Ces propos n’engagent bien évidemment que moi, et je sais que beaucoup ne seront pas d’accord avec cela. ( J’exclus ici volontairement de ma « définition » le statut juridique d’artiste-auteur, car ce n’est pas le propos aujourd’hui. )

Quoi qu’il en soit, il faut être indulgent avec soi-même et accepter que parfois, on se retrouve novice dans notre propre domaine lorsqu’on aborde de nouveaux thèmes ou de nouveaux médiums. Et c’est là un moment plus que propice pour apprendre ! Parfois il faut oublier ce que l’on connaît pour pouvoir aborder de nouvelles choses avec un regard neuf.

Pourquoi ne pas en profiter pour revenir à l’essentiel en se posant certaines questions :

  • Pourquoi ai-je envie de me lancer à apprendre ce nouveau médium ?
  • Quelle est la raison profonde qui me motive pour ce projet précis ?
  • Pour qui je dessine (pour moi, pour un client) ?
  • Quels sont les risques réels si je me plante  sur ce projet-ci ?
  • Qu’est-ce qui fondamentalement fait mon style (les traits, les médiums utilisés, ce que je fais passer ? Un mélange de tout ça 😉 ) ?

Je serais curieuse de savoir comment vous définissez le style et le fait d’être artiste, alors n’hésitez pas à me partager vos réflexions sur le sujet !

Le Carnet de croquis

Le carnet de croquis, un indispensable ? Tout dépend de vous !

Tout est parti d’une résolution: me créer un grand carnet de croquis et faire en sorte qu’il ne me quitte jamais. Classique, me répondrez-vous, surtout si vous avez en tête l’image romantique de l’illustrateur passionné, qui dessine plus qu’il ne respire. Mais si, vous savez très bien de quoi je parle: celui qui est forcément torturé, toujours incompris, et qui finira sûrement par se couper une oreille^^

Le carnet de croquis fait parti des basiques, de cette petite liste que l’on a en tête quand on souhaite se lancer, ou offrir un starter pack dessin. Pourtant pour moi cela n’a jamais été une évidence.

Depuis longtemps je réalise des carnets de voyages, qui sont consacrés bien évidemment à mes vacances, weekends, aux événements dont je veux garder une trace. Vous trouverez dedans beaucoup de choses: des textes, des citations, des collages réalisés à partir de choses symboliques que je collecte comme les billets de train ou d’entrée de musées. Et beaucoup de dessins, mais très peu de moi. Ce sont ceux d’artistes amis ou connaissances plus ou moins proches.

La raison ? De la timidité et du manque de confiance en soi. Un cocktail détonnant pour vous mettre seul tout un tas de barrières et brider votre créativité. J’ai trop longtemps laissé au regard des autres une place trop importante et non méritée dans ma pratique du dessin. Et les carnets de croquis, ces graals qui montrent votre potentiel, votre évolution et que tout le monde veut feuilleter, étaient pour moi une source de stress. Quand on manque de confiance, on a tendance à placer toutes les petites choses négatives, tous ces petits traits que l’on estime mauvais, au-dessus de tous ceux qui sont splendides. Et je parle bien ici de valeur. Car on part du principe (et sans s’en rendre compte bien souvent) que tout le monde verra forcément les choses comme nous et donc les mêmes défauts.

Je les désirais parfaits, ces carnets, de la première à la dernière page, sans un trait de trop, admirant ceux qui les collectionnaient, les montraient avec fierté.

Mais jamais je n’étais satisfaite, et quand je l’étais, je cachais mes dessins, de peur des jugements.

Il m’auras fallu du temps (énormément) et de la consolidation de confiance pour enfin apprécier à sa juste valeur cet outil magique.

Il m’aura fallu du temps pour intégrer que les formes d’art sont aussi nombreuses et différentes qu’il y a d’artistes mais surtout, que cela s’appliquait également à moi et que peu importe le jugement esthétique que porteront « les autres », il ne faut pas s’empêcher de s’exprimer par son crayon, par ses mots. Se considérer soi-même artiste arrive souvent bien après que votre entourage, votre communauté sur les réseaux sociaux, vous considère comme tel.

Alors ne faites pas comme moi et griffonnez, gribouillez, que vous estimiez cela beau ou non. Surtout si vous en avez envie. Ne mettez pas de côté le potentiel qu’il peut vous offrir. Et il n’est jamais trop tard pour ça !

Un carnet de croquis c’est:

  • Un lieu magique où tout reste à construire
  • Un endroit pour découvrir, étaler et étoffer votre univers
  • Un lieu d’expérimentation où tâtonner est bienvenu
  • Un espace d’entraînement mais aussi d’amusement
  • Un endroit ouvert ! Dessinez, écrivez, collez, arrachez !
  • Un lieu spécifique attaché à un projet ou un lieu fourre-tout
  • Un biais pour se découvrir, se connaître, s’affirmer
  • Et surtout, tout ce que vous souhaitez qu’il soit

Maintenant à savoir s’il est indispensable ? Dans un starter pack je dirais oui: cela offre un lieu d’expression et que ce soit pour vous ou pour offrir, vous aurez le temps d’explorer au fur et à mesure l’univers merveilleux des papiers et autres blocs ainsi que des médiums.

Pour les autres cas ? Cela dépend entièrement de vous: faites-vous confiance !

Mais voici quelques questions que vous devriez vous poser:

  • Quelle utilisation ? régulière ou anecdotique ?
  • Quel format ? Il dépendra de plusieurs facteurs: le transporter dans votre sac quotidiennement ? le laisser sur votre bureau ? Quoiqu’il en soit, il vous faudra en tester plusieurs avant de trouver votre « format idéal »
  • Couverture souple ou dure ? Idem que pour le format, cela dépend de l’utilisation que vous envisagez
  • Quel grammage de papier ? Cela dépend à la base du médium utilisé mais… surtout de vous. Personnellement, j’utilise principalement du papier aquarelle pour mes dessins aux crayons de couleur.

Ce carnet, c’est une extension de vous, alors n’en ayez pas peur ! Mais ne le sacralisez pas, ne vous mettez pas trop de pression 😉

Et vous ? Vous êtes de la team carnet de croquis ou non ? Quelle en est votre utilisation si vous en possédez ? Dites-le moi en commentaire !

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